R.E.P. – FRED – (1931 – 2013)


Dessin extrait de l’album “Le noir La couleur et Lavis” – 1997

Merde ! C’est un peu la mort qu’on redoutait. On le savait mal en point. Fred est donc décédé ces jours-ci, quelques semaines après la parution de l’ultime album de Philémon. Un album pas forcément indispensable qui m’avait laissé un arrière goût de bout du rouleau justement.

Quel va être le traitement médiatique du décès d’un des plus grand auteur de BD. Je redoute les épithètes merdiques du genre “Mort du papa de Philémon” ou bien encore des dessins qui représentent Philémon en train de pleurer. La mort des grands dessinateurs de BD révèle bien trop souvent le traitement nullissime qu’on accorde à cet art et même quand il s’agit des plus grands auteurs du genre. Quel autre “grand” dessinateur va nous pondre cette fois ci l’hommage honteux de rigueur.


Extrait de l’album “Le petit cirque” – 1973

Quand j’étais enfant j’allais à la bibliothèque municipale étancher ma soif de lecture de BD, chaque vendredi je prenais douze BD, le plus que je pouvais, avec mon abonnement et ceux de mes deux frères qui ne s’en servait pas. J’ai lu presque toute la bibliothèque. Au début je prenais les trucs qui m’attiraient au niveau dessin. A l’époque c’était les gros nez style école Marcinelle. Une fois que j’ai fini de racler les fonds de tiroir franco-belge, après avoir lu tout les “Cubitus” et tout les “Marc Lebut” je me suis tourné vers des BD qui m’attirait moins, et c’est comme ça que j’ai découvert, entre autre, Philémon. Depuis Fred est resté pour moi l’auteur le plus indispensable.

Extrait de “Philémon T.6 – Simbabbad de Batbad” – 1974

C’est je pense le dessinateur qui a su le mieux développer un univers personnel, un imaginaire riche à travers le médium bande dessinées. Il a su plus que quiconque exploité avec brio les potentialités du langage que propose le 9ème art. Déployant aussi bien son univers dans l’espace que dans le temps. Pensant le récit a travers son découpage. La planche était souvent pensée comme un espace en soit, qui segmentée en diverses cases permettait de développer une narration. La notion d’espace est d’autant plus importante dans son travail qu’il a exploité la logique du passage entre différent monde. Cet aller retour entre rationnel et irrationnel lui a permis de justifier beaucoup d’expérimentation dans Philémon notamment. La notion d’espace c’est quelque chose qui m’a toujours frappé chez lui en dehors de l’interdépendance des cases, il y a une dimension spatiale plus étendue. Par exemple il s’amuse avec le côté plat de la planche. Il y ajoute une dimension 3d qui donne une profondeur et agrandit l’espace. Chaque case est comme un micro passage. Il y a dans son œuvre une conscience de la case qui est très importante. Il s’en sert tout le temps pour créer des perturbations. Parfois il les supprime simplement si il n’en a pas besoin. Comment oublié cette page mythique de “Simbbabad de Batbad” ou le récit est perturbé et où l’histoire tourne en boucle car Philémon est perdu dans le néant. Le néant qui est en fait un chien. Ce genre de BD m’a fait prendre conscience très jeune que le langage graphique de la BD pouvait proposer beaucoup plus que des simples pages de gag et des jeux de mots à la Greg. Ses histoires courtes compilées en album méritent d’être relu aussi, ça permet de voir encore plus ce dont il a été capable, il y plein d’idée a puiser dans son œuvres, de quoi s’inspirer.

Dessin extrait de “Le fond de l’air est frais – 1973

Je souhaitais montrer ses couvertures pour hara-kiri à ses débuts. Mais, hélas je n’ai pas ça en stock. Il reste un beau livre a faire sur Fred dessinateur de presse, Il y a je pense beaucoup de bons dessin a redécouvrir. En espérant que certaines pépites seront exhumées, et qu’il nous reste de belle choses à découvrir même si c’est de manière posthume

Yassine

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