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SPIRALE de JUNJI ITĹ? PAR SAMMY STEIN

Mardi 11 mai 2010

Spirale (Uzumaki en japonais) est paru en 1999, en épisodes dans la revue Big Spirit, puis a été traduit en 2002 en France.

D’après wikipedia : Junji Ito, mangaka nĂ© en 1963. En 1987, alors qu’il travaille comme technicien dentaire, il publie son premier manga – TomiĂ© – dans Gekkan Halloween, et remporte une mention spĂ©ciale du prix Kazuo Umezu; prĂ©sidĂ© par son crĂ©ateur. (Ă€ lire aussi de Kazuro Umezu, le très bon « l’école emportĂ©e »)

J’ai lu Spirale à sa sortie un peu par hasard, prêté par un ami qui avait été séduit par son graphisme tout en hachure. Le manga comporte 16 chapitres divisés en trois volumes d’environ 200 pages. Les chapitres, bien qu’ayant comme toile de fond le même thème, ne font pas forcement avancer le récit. Ce sont des nouvelles, ayant comme lien la malédiction de la Spirale. Le 3ème volume bien que divisé lui aussi en chapitres, contient une grande histoire qui clôt la série.

L’histoire se passe dans une petite ville Kurouzu, perdue entre la mer et les montagnes. Cette ville, sans explication, devient peu à peu hantée par la forme géométrique de la Spirale. Cela commence par le père du héros qui regarde pendant des heures une coquille d’escargot, puis collectionne les objets en forme de spirale. Il devient tellement fasciné par cette forme qu’il veut lui-même se transformer en spirale, et fini enroulé sur lui même dans un gros panier en osier. D’autres phénomènes plus bizarres les uns que les autres apparaissent au fur et à mesure de l’histoire.

Ce qui est fascinant c’est le plaisir que prend ITO à utiliser cette forme récurrente dans les situations les plus absurdes : Les cheveux s’enroulent en formes de spirale, des adolescents se transforment en escargots (les limaçhomme), un jeune couple s’enroule en prenant l’exemple sur 2 serpents s’accouplant pour s’enfuir dans la mer, un cyclone tombe amoureux de l’héroïne… Plus on avance dans le récit, plus les situations deviennent farfelues, voir répugnantes :

Chapitre 10 : Des moustiques dont les trajectoires forment des spirales piquent toutes les femmes enceintes de la ville. Celles-ci, la nuit venue, se transforment en vampire, devant nourrir l’enfant monstre qu’elles portent en elles. Une fois nés, ces nourrissons développent un champignon géant à partir du cordon ombilical, qui sort de leur ventre (lorsque celui-ci sort, les enfants sont « excités »). Le médecin en chef donne à manger à tous les patients de l’hôpital les champignons de chair et de sang, dont il fait un élevage dans son bureau. Les patients deviennent « accros ». Les enfants veulent retourner dans le ventre de leurs mères etc….

Le dernier tome, le plus narratif, nous montre la ville dévastée, avec ses survivants errants affamés tentant de fuir. Sans en dire trop, c’est une grandiose et « joyeuse » apocalypse qui se prépare. Magnifique.

Une des particularités du livre est la naïveté de la narration : il y a un contraste énorme entre les événements particulièrement affreux et malsains, et la réaction passive de l’héroïne, qui ne se montre jamais réellement inquiète. Ce n’est que vers la fin du récit qu’elle semble prendre conscience du danger.

Itò se sert du motif Spirale, tournant à l’infini et fermé sur lui-même, comme métaphore du narcissisme et de l’égocentrisme. Les personnages frappés par la malédiction tombent peu à peu dans la folie, entrainent les autres dans leur sillon et cherchent toujours à être le centre d’attention.

La spirale agit comme une drogue pour ceux qui sont contaminés.

Graphiquement, tout en restant dans un style plus ou moins réaliste, Junji Ito prend le parti de TOUT montrer. Ici rien n’est suggéré, on voit les chairs pourrirent ou brûler, les bras se transformer en tentacules, les langues s’enrouler, retranchant presque le lecteur dans une position de voyeur. Tout est prétexte à montrer le corps en pleine métamorphose.

Spirale n’est pas un livre parfait. Certains chapitres sont plus inspirés que d’autres (Un chapitre grotesque sur des hommes-papillons qui créent des tornades en s’envolant, aurait, par exemple, pu être évité).

Un film a été tiré de ce manga, mélangeant chronologiquement tous les épisodes, mais évitant tous les meilleurs moments, et laissant la magnifique fin de côté. Dommage.

Sammy Stein

SPIRALE de Junji Ito – 3 tomes
Tonkam – 8, 55 euros

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