Archive pour la catégorie 'L’invité du mois'

L’INVITÉ DU MOIS : ICINORI – 1

Jeudi 13 octobre 2011

Pour cet ultime “invité du mois” je reçois dans ce blog le duo Icinori. Comme ils sont deux, ils parlent tour à tour d’images qui les ont marqués.


Icinori est une petite maison d’édition et un studio d’illustration constitué de deux dessinateurs brillants : Mayumi Otero et Raphaël Urwiller. Il sont tous les deux issus de la très reconnue section d’illustrations des Arts Déco de Strasbourg, d’où sont sorti bon nombre de grands illustrateurs.

Ils aiment concevoir des objets livres utilisant des techniques diverses : sérigraphie, Pop up, impression à chaud, … Chaque ouvrage est singulier et façonné avec beaucoup de soin. Ce qui est frappant chez eux c’est la cohérence et la maitrise dans tout ce qu’isl produisent. Si on regarde l’ensemble de leurs créations on ne peut que constater qu’avec eux régularité et qualité se combinent à merveille.

Il aime travailler avec des couleurs limitées qu’il superposent ; associant traits et larges plages de couleurs : des Formes simples souvent géométriques qui se mélangent avec un dessin précis, très travaillé. On sent l’influence de l’imagerie populaire, de la gravure. Une réappropriation moderne du genre, car si on sent l’empreinte du passé on peut dire qu’il produise des images contemporaine. Nul trace de passéisme, plutôt un hommage à l’imagerie d’antan qu’il aime profondément. Le travail est un très bel aller-retour entre tradition et modernité.

- RAPHAËL URWILLER – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – -

- MAYUMI OTERO – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – -

raphaelurwiller.com

mayumiotero.com

icinori.com

En complément vous pouvez lire une interview d’Icinori sur le très bon site de nos amis d’Illustrissimo : ici

Yassine

Yassine

L’INVITÉ DU MOIS : ICINORI – 2

Jeudi 13 octobre 2011

DAVID HOCKNEY PAR MAYUMI OTERO

J’ai choisi les gravures de David Hockney plus précisément les Six contes des frères Grimm, qu’il exécuta en 1969. Ses gravures sont moins connues que ses piscines ou que ses redoutables peintures sur Iphone et pourtant ce sont de petites merveilles.

À l’inverse de ses peintures veloutées, la gravure lui impose son trait le plus aiguisé. Chose un peu méconnue, c’ est un très grand spécialiste des techniques et des maîtres de la gravure classique, qu’il réinvestit ici pour illustrer des contes classiques, créant d’habiles résonances entre ses références traditionnelles et son trait ultra-contemporain, entre grotesque et sophistication géométrique.

Ses autres gravures sont tout aussi géniales.
Voir ici.

Mayumi Otero

L’INVITÉ DU MOIS : ICINORI – 3

Jeudi 13 octobre 2011

LES DESSINS INDIENS PAR RAPHAEL URWILLER

J’ai choisi de parler d’une jolie petite découverte, ces quelques carnets indiens. Pour la petite histoire, à la fin des guerres indiennes, entre 1860 et 1870, les survivants furent déportés et parqués dans des réserves où ils survécurent misérablement.

N’ayant plus de gibier, donc de cuir qui leur servaient de supports de fresques, ils investirent papiers, carnets, crayons de couleurs ou plumes que le personnel du fort leur échangeait ou fournissait en échange de dessins. D’origines diverses, parfois très vagues, offerts, échangés, achetés ou même réalisés sur commande, toujours conservé par des blancs, ces “ledgers” (registres en traduction directe) sont nés de la rencontre et des tensions entre les deux peuples.
Sur ces anciens carnets de comptabilité des forts ou cahiers d’écoliers, les auteurs, pour la plupart medecine-men, réalisent des dessins chamaniques, récits de rêves divinatoires, où s’incarnent monstres et esprits, mais illustrent aussi leur vie quotidienne et récits de combats.

Tout l’imaginaire classique du Far-West se retrouve consigné ici, duels, charges de cavalerie, camps de prisonniers, chasse au bison, chemin de fer, combats à mort ; ici cependant ils sont mis en scène par les témoins réels dans un dessin à la limite de l’art brut et du dessin d’enfant, un trait à la fois naif et ritualisé, sur des cahiers d’écolier – une retranscription simple et violente du far-west vu de l’intérieur.
Le trait, le jeu des couleurs, la composition sont incroyables.

Un site groupe une partie de ses carnets numérisée. Ici.

Raphaël Urwiller

Je rappelle pour mémoire un ancien post sur presque le même sujet ici

LES INVITÉS DU MOIS 13 : PAUL LOUBET & CIE

Jeudi 21 octobre 2010

PAUL LOUBET

J’ai découvert le travail de Paul Loubet sur Drawn, il y a 2 ans à peu près. À l’époque il signait “Mort au bon goût” et il avait réalisé une série de dessins nommés “concentration”. Il s’amusait à dessiner des séries d’objets stylisés de manière géométrique. Ses dessins me rappelaient ceux d’Ed Emberley mais avait une touche plus moderne.

Depuis son style ne cesse d’évoluer, emmagasinant au passage de nombreuses influences : Moolinex, les cartes de CB, Le graffiti mal fait,… Il est fasciné par les pires graffs. Il aime s’inspirer de leur dessin malhabile. C’est la première fois que je vois un artiste ne venant pas du street art et qui est influencé par ce style. Qui plus est par la partie moins valorisante. Issu d’une génération qui a grandit avec ces images, omniprésentes dans la rue, il les utilise de manière décomplexé et n’hésite à mélanger cette esthétique avec un coté Bd très “gros nez”. Le tout est remixé avec une approche du dessin très moderne. Loin de tout formalisme ennuyeux, c’est avant tout quelqu’un qui produit des images “Fun”. Un amalgame joyeux de tout ce qui le fascine. Son univers est coloré et l’humour et l’ironie sont des éléments importants.

Ce jeune francais sort tout juste de l’école d’art et est parti pour se faire une place de choix dans le milieu du dessin.

gregoletpoluar.com/poluar

GREGOIRE DACQUIN

J’ai suivi de prés le travail de Palul Loubet et je l’ai finalement contacter. Ce qui m’as permis d’y voir plus claire et de faire des connections avec d’autre artistes, des amis à lui. En fait toute une bande partageant le même état d’esprit. Tout d’abord son complice Grégoire Dacquin, avec lequel il forme le duo Grégol et Poluar. Il vienne de créer un site ou on peut voir leur travail séparemment ou ensemble. Ils viennent de sortir un fanzine ” Karaté Baston” et exposent à Paris en ce moment (Voir plus bas).

Son approche graphique est plus formaliste,parfois jusqu’à l’abstraction. Moins marqué par la bd il semble plus influencé par les dessins d’ado et l’art du XXème siècle. Mais son univers aussi est fun et on retrouve cet esprit infantile qui donne un esprit de liberté à son travail.

gregoletpoluar.com/gregol

GREGOL & POLUAR

Voici une série d’images qu’ils ont réalisées ensemble.


gregol et poluar.com

PIERRE BOLIDE

Autre camarade issu de la même bande, ce jeune dessinateur est clairement influencé par le comics, la bd underground et le fan art. Son univers rempli de muscle, de hamburger, de vaisseaux et de flingues est un monde volontairement  gras et bourrin . Il y dans son style une volonté de jouer avec des codes outrancier jusqu’à l’écœurement. Il y a là une certaine conscience du mauvais gout. Il développe un  univers geek dégénéré qui donne des images absurde et drôle qui me plaisent bien.

www.pierrebolide.fr

Pour finir – hasard du calendrier – Grégol et Poluar exposent à Paris en compagnie de Satanik Mike.
Une accrochage organisé par le très actif collectif collection.

Du 20 octobre au 9 novembre

Kiosque / images
Café La place verte
105 rue Oberkampf – Paris 11
M° Parmentier

Yassine

LES INVITÉS DU MOIS : LE GRAFFITI RURAL PAR GREGOL & POLUAR

Jeudi 21 octobre 2010

Grégol et Poluar: Bonjour les amis!

Poluar: Alors aujourd’hui nous allons vous parler de..
Grégol: graffitiiiii !!

Poluar: Ah oui Grégol, mais pas n’importe lequel.

Professeur Poluar: Laissez nous vous introduire dans le monde étrange et enivrant du graffiti primitif campagnard. Il n’est pas si éloigné de son cousin urbain, mais ce dernier reste plus directement influencé par ses aînés. L”homme des champs, lui, évolue loin de toutes sphères d’influence. Mais c’est le cas plus précis du graffiti débutant qui nous intéresse ici.

Professeur Grégol: Dans le jargon du graffeur, on appelle cela, du “graffiti de toy”.

Professeur Poluar: Mais, professeur Grégol, a quoi reconnaît on un graffiti de ” toy “.

Professeur Grégol: Mon cher Poluar, c’est bien simple. Tout d’abord, nous pouvons nous attarder sur la signature, ou, comme il se dit dans le milieu “le blaz” (ou zeubla). Généralement, elle est influencée par le vocabulaire du “hip hop” (musique et style de vie urbain), mais aussi par la drogue (qui n’est pas tres loin du “hip hop”), et les cultures exotiques.
Exemples: Nombre de dérivation autour de NTM, sniper, lascar, said, kaira, kiffeur, splif, benz, weed, ganja warrior.
Le message possède souvent une forte portée politique. On y prône souvent la dépénalisation des drogues douces, la démobilisation de la garde nationale, ainsi que deuhor lé bounioul. On notera aussi un régionalisme récurent qui tend à préciser systématiquement le département associé à l’artiste. (et club de foot si il y a). Exemple: spliff 62 n’a pas de lien de parenté avec spliff 27.

Professeur Poluar: Pour ce qui est de l’oeuvre, on peut mettre en exergue un nihilisme chromatique associé à une anarchie formelle. La gestuelle est elle, bien souvent à l image de l’état d’alcoolémie de leurs auteurs. Chez nous, on boit tôt.

Professeur Grégol: D’un point de vue publicitaire, notons qu’a l’inverse de leurs aînés, on dénote un certain attrait pour les petites pièces, toutefois lié à une économie de moyen. Les bombes sont souvent de mauvaises qualités et de la même couleur que la mobylette du cousin.

Professeur Poluar: Mais trop de discours mon cher Grégol. Passons tout de suite aux diapositives.
Clic.

Notez la contradiction évidente, caractéristique de l’humour acerbe et absurde de l’auteur. Un “street” dans la “forest”.
clic.

Un graffiti nettement plus influencé new yorkais. Le sujet dispose de toute évidence d’un accès à internet.
clic.

De toute évidence son auteur nous invite à un questionnement. Quel est donc ce carré au dessus du “beuz”.
clic.

Un travail brutal, et sans fioritures, basé sur la superposition.
clic.

Un auteur manifestement au chômage et qui le revendique fièrement en ne montrant aucun respect pour ses aînés. “Chomeur? ne recule devant rien et repasse même les mastodontes du graffiti. Chapeau. Clic.

Le cas peu courant d’un travail de commande. L’œuvre n’a pour une fois pas été exécuté dans la hâte, et leurs auteurs ont pu placer un petit décor sympathique. A noter, la présence de petits champignons, éléments récurrents dans le style. Clic.

Et pour finir, ces œuvres provenant toutes du même pont, que mon cher acolyte Gregol a pu avoir la joie de découvrir au gré d’une sympathique petite promenade champêtre. Imaginez l’ampleur de sa stupéfaction lorsqu’il tomba nez à nez face à ce “wall of fame”.
Ce travail, manifestement d’un gang organisé, est la synthèse de tout ce que l’on peut trouver de meilleur dans le graffiti rural.

Grégol et Poluar: Sans le vouloir, ces jeunes graffeurs en herbes, qui ont mal (ou bien, selon le point de vue) digérés leurs influences, sont une de nos principales sources d’inspiration. Et la on dit

Professeur Gregol et Poluar

Voila, c’est fini.

Si ca vous a plus, allez donc faire un tour sur ce blog, véritable petite mine d’or. http://www.fotolog.com/cr4ck1sm/

Big up à tous les guerriers du xeubron et aux jeunes graffeurs débutants qui restent 100 fois plus inspirants et respectables que leurs prétentieux grands frères.

Peace la mifa, nos gonzesses et tous les potos.

Bisous

Prochain invité : Icinori

L’INVITÉ DU MOIS – 12 – LOLMÈDE

Vendredi 11 juin 2010

J’ai déjà parlé de nombreuses fois de Lolmède sur ce blog, mais quand j’ai vu le très beau bouquin ” Brut de carnet “, un pavé de 320 pages qui propose une superbe rétrospective de son travail, je me suis dit que c’était l’occasion de lui proposer d’être l’invité du mois. Son amour pour de nombreux artistes est au centre de son travail. Il m’a plusieurs fois donné envie d’en découvrir certains ou d’aller voir une exposition. Son regard est atypique, fan et dessinateur en même temps, il transmet avec simplicité une passion pour l’art très communicative.

Brut de carnet est un ouvrage qui vient célébrer une carrière conséquente. Une plongée dans plus de deux décennies de dessins, d’aquarelles et de bd qui sont autant d’enregistrements du quotidien. Paysages du sud, ambiances de foules parisiennes, rencontres avec un artiste, soirées télé, repas de famille, évier rempli de vaisselle, etc : Des visions du quotidien parfois anecdotiques parfois fortes, sont saisies dans ses carnets. Cet ensemble d’images semble tracer une vie paisible faite de moment conviviaux.

J’ai découvert son travail dans les années 90. C’était un âge d’or pour le fanzinat, la bd indépendante émergeait et dans son sillage de nombreuses publications indépendantes avec des démarches très différentes les unes des autres : Le simo, FLBL, Ego comme X, Le cheval sans tête, Jade, Judith & Marinette, Allô les pompiers, Fondue, le lézard, Bile noir, Fusée, La monstrueuse, etc (une liste loin d’être exhaustive). Une période assez exaltante. A l’époque, il publiait E.N.D.C. (Extrait Naturel de Carnet) un fanzine en N&B qui reprenait comme son nom l’indique des extraits de ses carnets. Beaucoup ont été compilés en 4 volumes par le défunt éditeur “la comédie illustré”. En 1996 il commence à publier sa série « moins … avant l’an 2000 » 4 albums parus chez Alain Beaulet. Lolmède à cette époque était un auteur de bd autobiographique reconnu et apprécié des connaisseurs. On le retrouvait un peu partout. Son approche très naturaliste et son regard faussement naïf se démarquait de pas mal des autres productions du même genre.

Dans les années 2000 il disparait un peu même si il continue à produire des fanzines (La feuille de chou) et à alimenter son blog très régulièrement. Sans doute l’overdose de bd autobiographiques issues de cette vague indépendante lui a nuit. Depuis quelques années, il semble avoir une activité débordante et revient sur le devant de la scène. Ce brut de carnet édité par son ami Blanquet vient magistralement rappeler que c’est un dessinateur qui compte. Maintenant que le dessin et la bd se mélangent très facilement, il montre que lui fait ça depuis environ 2O ans, très naturellement. Un bel exemple pour la jeunesse ! (il aurait pu le dire).

BRUT DE CARNET de Lolmède
UDA – 20 euros

Toutes les illustrations de cet article sont tirées de cet ouvrage. Indispensable et vraiment pas cher !

Il arrête pas – Pas mal d’actualité dans les jours qui viennent.

Sortie de ce collectif pour célébrer les 20 ans de la mort du chanteur d’AC/DC, retrouvé étouffé dans son vomi. Sur son blog, il lance le Bon Scott Day et demande à plein de dessinateurs de lui faire un dessin – Une idée saugrenue pour célébrer cette icône du hard-rock.

BON SCOTT DAY – Collectif
Riff Raff collection – 5 €

Sortie le mercredi 16 juin à 18 heures chez
Philippe le libraire
32 rue des vinaigriers – Paris 11
M° Jacques Bonsergent

Exposition du 9 au 13 Juin

Laurent Lolmède & Laurent Corvaisier
Au 104
104 rue d’aubervilliers
Paris 19
M° Stalingrad

http://www.lolmede.mobi

Yassine

MARK ALAN STAMATY PAR LOLMÈDE

Vendredi 11 juin 2010

J’ai découvert Mark Alan Stamaty quand j’étais étudiant aux Art-déco. Il faut dire, qu’ils avaient toute la collection complète de la revue GRAPHIS à la bibliothèque (aujourd’hui on appelle ça le CDI). J’adorais cette revue classe et assez suisse, qui parlait de graphisme et d’illustration. Tous les numéros présentaient des artistes avec leurs photos et leurs boulots. Je passais donc du temps à éplucher tous les numéros pour trouver les trucs qui me plaisaient. Je me rappelle que je marquais les pages avec des bouts de papier pour aller les photocopier après.

Jusqu’au moment où je suis tombé sur ce fameux n° 208 (avec la couverture d’Etienne DELESSERT) et la reproduction de l’incroyable dessin du “Greenwich village” par ce Mark Alan Stamaty. T’imagines le choc que j’ai eu quand j’ai vu ça !

Là ça rends pas trop, mais en vrai, ça rend TOP ! Il n’y avait que 3 pages sur lui, mais je peux te dire que celles là, je les ai photocopiées en long en large et de travers !

Le pire, c’est que à par ça, je n’ai jamais rien trouvé d’autre de lui PENDANT DES ANNÉES, puisqu’à l’époque:
1 – il n’y avait pas INTERNET
2 – il n’a jamais RIEN publié en France et je crois même en Europe ! Et la seule fois où j’ai trouvé un truc de lui, c’était un vinyle 33 tours d’occaze illustré par lui chez Gibert jeune ! ET C’EST TOUT !

C’est seulement bien + tard, grâce à INTERNET, et EBAY donc, que j’ai recommencé à retrouver sa trace .
J’ai pu acheter (pas trop cher) son chef-d’œuvre “Who needs donuts” mais aussi “Mac doodle st” …que j’adore aussi !

25 ans après cette découverte, je peux moi-même voir toutes les similitudes qu’il y a entre son boulot et le mien, la profusion, le remplissage de la page, des cases, et une certaine naïveté du dessin, ça c’est sûr !

Voilà c’est une de mes idoles, c’est dit ! À coté de mes amis de l’art brut, Dany BRILLANT, Hara kiri, et plein d’autres choses…

Au fait, n’oubliez pas que si vous avez un impact sur votre pare-brise, même s’il est pas plus gros qu’une pièce de 2 euros, il faut pas déconner avec ça , APPELEZ CARGLASS, sinon BONJOUR LA FRANCHISE A PAYER !.

www.stamaty.engelbachdesign.com

Lolmède

“Who need donuts” doit sortir en France chez Actes sud en septembre.

Prochain invité “C’est pas faux”.

L’INVITÉ DU MOIS – 12 – SAMMY STEIN

Mardi 11 mai 2010


Ce jeune artiste français fait partie de cette nouvelle génération de dessinateurs influencés par toutes sortes d’images, de la bd indépendante jusqu’au dessin contemporain, en passant par l’illustration ou le manga. Il puise son inspiration dans ces formes artistiques sans faire de différence entre elles. Il se nourrit de toutes ces pratiques ou le trait est roi. Loin de toute posture, son art n’appartient pas à une chapelle. Ainsi il passe du dessin à la bd sans que ça paraisse artificiel. Il crée au gré de ses envies de manière décomplexée.

Anxieux de nature, il préfère faire ses dessins à la palette graphique. Il sait que si ça ne lui plait pas il peut recommencer a l’infini. La sécurité que procure le dessin virtuel lui permet une plus grande liberté. Un choix un peu à contre courant dans un époque ou l’original est plus qu’à la mode. Ce n’en est pas moins intéressant ; Le logiciel vectoriel qu’il utilise lui permet de contrôler l’épaisseur de son trait. Ainsi il peut obtenir un trait vraiment très fin et régulier. Un rendu graphique froid qui donne une touche étrange à ces dessins fragiles. Ce tracé vectoriel lisse presque invisible se noie dans le blanc et confère à l’ensemble un style éthéré et poétique. Par moment pour trancher, il tache l’aspect immaculé du papier de petits aplats noirs, créant ainsi des contrastes forts. Une recherche graphique qu’il développe à fond dans son livre “claquettes et dancemusic”. Imparfait car sans doute trop volumineux, cet opus très singulier propose une véritable plongée dans le blanc qui crée un rapport intime au dessin. Dans ses plus beau dessin, souvent les plus minimaliste, il atteint une grande pureté. Un beau livre, très personnel.

Il ne travaille pas qu’en noir et blanc. Certaines images récentes en couleurs sont particulièrement réussies. Il les colorie en utilisant à outrance des dégradés photoshop ou des images issues de banques de données.

En ce moment se tient à la galerie 5 à Angers “les couloirs du temps” Une grosse exposition constituée de plus de 2OO dessins, fait à la main. En effet depuis peu il produit des originaux. Son travail n’a pas vocation d’être que fait d’une seule manière et c’est tant eux. On y trouve aussi une fresque et quelques installations. Pour l’occasion, sort une bande dessinée très forte. Un chevalier erre à la recherche des couloirs du temps. Un délire mystique, une épopée étrange et parfois farfelue. Le dessin est beau, le découpage plus que souvent saisissant. Cet ouvrage est comme un terrain d’expérience, il essaye mille choses sans parfois toujours tout réussir. Mais qu’importe, on a une sensation d’audace, de liberté et en même temps on est pris dans un récit vivace. Voilà quelque chose qui manque beaucoup dans la bd contemporaine si souvent jolie mais vide de sens. Un ouvrage donc hautement recommandé.

Exposition du 30 avril au 26 juin

GALERIE 5
Bibliothèque Universitaire de Belle Beille
5 rue le nôtre
Angers 49000

LES COULOIRS DU TEMPS
En marge / Ego twister – 15 euros
Vendu en plus avec un CD + un poster + un fanzine
Ça vaut le coup, c’est vraiment pas cher !

BIBLIOGRAPHIE

LA FILLE À 6 BRAS
2008 – Diantre – 5 euros

CLAQUETTES ET DANCEMUSIC
2008 – En marge – 18 euros

HIDDEN HOLES, SECRET ROOMS, TRAP DOORS & MYSTERIOUS CASTLES
2009 – Autoproduction – 5 euros

www.sammystein.fr

Yassine

SPIRALE de JUNJI IT? PAR SAMMY STEIN

Mardi 11 mai 2010

Spirale (Uzumaki en japonais) est paru en 1999, en épisodes dans la revue Big Spirit, puis a été traduit en 2002 en France.

D’après wikipedia : Junji Ito, mangaka né en 1963. En 1987, alors qu’il travaille comme technicien dentaire, il publie son premier manga – Tomié – dans Gekkan Halloween, et remporte une mention spéciale du prix Kazuo Umezu; présidé par son créateur. (À lire aussi de Kazuro Umezu, le très bon « l’école emportée »)

J’ai lu Spirale à sa sortie un peu par hasard, prêté par un ami qui avait été séduit par son graphisme tout en hachure. Le manga comporte 16 chapitres divisés en trois volumes d’environ 200 pages. Les chapitres, bien qu’ayant comme toile de fond le même thème, ne font pas forcement avancer le récit. Ce sont des nouvelles, ayant comme lien la malédiction de la Spirale. Le 3ème volume bien que divisé lui aussi en chapitres, contient une grande histoire qui clôt la série.

L’histoire se passe dans une petite ville Kurouzu, perdue entre la mer et les montagnes. Cette ville, sans explication, devient peu à peu hantée par la forme géométrique de la Spirale. Cela commence par le père du héros qui regarde pendant des heures une coquille d’escargot, puis collectionne les objets en forme de spirale. Il devient tellement fasciné par cette forme qu’il veut lui-même se transformer en spirale, et fini enroulé sur lui même dans un gros panier en osier. D’autres phénomènes plus bizarres les uns que les autres apparaissent au fur et à mesure de l’histoire.

Ce qui est fascinant c’est le plaisir que prend ITO à utiliser cette forme récurrente dans les situations les plus absurdes : Les cheveux s’enroulent en formes de spirale, des adolescents se transforment en escargots (les limaçhomme), un jeune couple s’enroule en prenant l’exemple sur 2 serpents s’accouplant pour s’enfuir dans la mer, un cyclone tombe amoureux de l’héroïne… Plus on avance dans le récit, plus les situations deviennent farfelues, voir répugnantes :

Chapitre 10 : Des moustiques dont les trajectoires forment des spirales piquent toutes les femmes enceintes de la ville. Celles-ci, la nuit venue, se transforment en vampire, devant nourrir l’enfant monstre qu’elles portent en elles. Une fois nés, ces nourrissons développent un champignon géant à partir du cordon ombilical, qui sort de leur ventre (lorsque celui-ci sort, les enfants sont « excités »). Le médecin en chef donne à manger à tous les patients de l’hôpital les champignons de chair et de sang, dont il fait un élevage dans son bureau. Les patients deviennent « accros ». Les enfants veulent retourner dans le ventre de leurs mères etc….

Le dernier tome, le plus narratif, nous montre la ville dévastée, avec ses survivants errants affamés tentant de fuir. Sans en dire trop, c’est une grandiose et « joyeuse » apocalypse qui se prépare. Magnifique.

Une des particularités du livre est la naïveté de la narration : il y a un contraste énorme entre les événements particulièrement affreux et malsains, et la réaction passive de l’héroïne, qui ne se montre jamais réellement inquiète. Ce n’est que vers la fin du récit qu’elle semble prendre conscience du danger.

Itò se sert du motif Spirale, tournant à l’infini et fermé sur lui-même, comme métaphore du narcissisme et de l’égocentrisme. Les personnages frappés par la malédiction tombent peu à peu dans la folie, entrainent les autres dans leur sillon et cherchent toujours à être le centre d’attention.

La spirale agit comme une drogue pour ceux qui sont contaminés.

Graphiquement, tout en restant dans un style plus ou moins réaliste, Junji Ito prend le parti de TOUT montrer. Ici rien n’est suggéré, on voit les chairs pourrirent ou brûler, les bras se transformer en tentacules, les langues s’enrouler, retranchant presque le lecteur dans une position de voyeur. Tout est prétexte à montrer le corps en pleine métamorphose.

Spirale n’est pas un livre parfait. Certains chapitres sont plus inspirés que d’autres (Un chapitre grotesque sur des hommes-papillons qui créent des tornades en s’envolant, aurait, par exemple, pu être évité).

Un film a été tiré de ce manga, mélangeant chronologiquement tous les épisodes, mais évitant tous les meilleurs moments, et laissant la magnifique fin de côté. Dommage.

Sammy Stein

SPIRALE de Junji Ito – 3 tomes
Tonkam – 8, 55 euros

Plus d’info sur Junji It? ici

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Prochain invité : Lolmède

L’INVITÉ DU MOIS 11 – LILI SCRATCHY

Mercredi 31 mars 2010

Après des études de graphisme, Lili Scratchy envoie un projet au Seuil jeunesse, “Lulu magazine”, qui sera publié sans attendre. Un faux magazine féminin pour petite fille, où elle se moque avec tendresse de cette presse pas toujours très fine. Pour quelqu’un qui a appris la maquette, c’est naturel de s’essayer à la parodie de magazine. Ce livre se fait remarquer tout de suite. Son humour, sa fraîcheur et son parti pris de maquette façon revue, en font un objet original qui plait aussi bien aux parents, qui apprécient la parodie, qu’aux petites filles qui ont leur revue de mode comme maman . Un deuxième suivra quelques années après, sans rencontrer le même succès.

Jusqu’à récemment, sa carrière était plus celle d’une illustratrice classique. Son style évolue lentement tout en restant dans une tradition picturale. N’ayant pas étudié l’illustration, elle a l’impression de devoir rester dans les canons du genre. Elle produit des livres chouettes mais reste un peu trop dans l’exercice de style.

Parallèlement et depuis plusieurs années elle développe un style plus personnel. Des images ou des objets bricolés, bidouillés, pleins de fantaisie et d’imagination. Maman de 3 enfants, elle s’inspire de leur spontanéité et y puisse une énergie qui se mélange à des influences modernes. Elle s’amuse a manier diverses techniques. On sent le plaisir de la création, de la recherche ludique. Ces images, étrangement, elle les garde pour elle. C’est son amie Nathalie Choux qui insistera auprès d’elle pour qu’elle les montre.

Elle va créer un blog et commence à assumer son nouveau style. C’est en voyant ses images plus récentes que j’ai été impressionné par son univers. Elle part dans tous les sens sans jamais perdre sa personnalité. C’est pétillant, énergisant, original. Elle synthétise avec beaucoup de talent l’humeur de notre époque. Elle sait faire des choses mignonnes sans le coté apprêté et chichiteux qu’on voit trop souvent. C’est drôle, moderne, direct, séduisant. Son dernier livre “Crazy coloriages” chez Thierry Magnier reflète bien son nouvel esprit plus débridé, plus fou mais toujours avec le souci d’emmener les enfants dans un univers fait pour eux.

Sous l’influence de Nathalie Choux, elle se met aussi à faire de la céramique. Ensemble elles créent “l’Œuf” une structure pour promouvoir leurs créations. Mais ça je vous en ai déjà parlé . Son travail actuel est ultra stimulant et j’ai très envie de suivre son évolution de près.

Allez voir son blog pour plus d’images :
liliscratchy.blogspot.com

Et le blog de L’Œuf Pour plus de céramiques.
oeuf-egg.blogspot.com

Yassine