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3 QUESTIONS À SIMON ROUSSIN

Dimanche 21 juillet 2013

Ce jeune dessinateur a sorti il y a quelques mois 2 livre en librairies. Une bd en noir et blanc “Heartbreak valley ” un très bon récit bizarre et ténébreux et Le Bandit au colt d’or un livre illustré, une légende de l’ouest. Un western en somme, genre que j’affectionne tout particulièrement. Ce livre très réussi m’a donc emporté, et m’a donne envie d’aller poser quelques questions à son auteur dont je suis le travail depuis un certain temps avec intérêt.

1 – Tout tes albums propose une relecture d’un genre.
Quelle rapport tu entretient avec le “genre” ?

Il est toujours facile de dire que tout remonte à l’enfance, mais j’imagine que ce que l’on découvre très jeune nous construit durablement. La bande dessinée m’est apparue avec Tintin et des vieux journaux Spirou. Moby Dick, Ivanhoé, étaient les genres de films que mes parents me faisaient voir, je grandissais avec Steve McQueen, Belmondo, Paul Newman ou Clint Eastwood.
Et encore aujourd’hui, même si mes intérêts se sont élargis, si j’aime et suis la bande dessinée et le cinéma contemporain, je prends toujours autant de plaisir à relire un vieux “Gil Jourdan” ou à revoir “L’homme de Rio”. Il y a dans le « genre » une évasion totale, une immersion complète dans un récit qui peut nous transporter bien au delà de notre réalité, du quotidien. Et finalement, nous permettre d’y projeter des questionnements intimes, personnels.
Le récit de genre est pour moi la meilleure façon de dissimuler modestement des problématiques plus « profondes » sous une jubilation première d’inventer des histoires, de créer des personnages, de les faire vivre et mourir.

2 -  Est-ce que tu peux expliquer d’où viens l’idée d’utiliser cette technique au feutre ? Peux tu aussi me parler de cette utilisation très “fauve” des couleurs ?

La première fois que j’ai utilisé des feutres, c’était pour “Robin Hood”, un projet que j’avais mené pendant mes études aux Arts Décoratifs de Strasbourg. C’était ma toute première bande dessinée et à l’époque je me cherchais beaucoup graphiquement. Mon dessin au trait ne me plaisait pas et j’étais très mauvais avec les mises en couleurs directes ou numériques. Finalement, il y avait quelque chose de décomplexant à choisir le feutre et surtout, j’y voyais une bonne manière d’illustrer mon propos, ma volonté de revisiter un personnage de mon enfance et de faire un récit sur la notion même de héros, d’une manière naïve et dans un faux premier degré hérité des vieux comics.
Je peux passer des heures à choisir une couleur dans un nuancier photoshop alors qu’un boîte de feutres, avec son nombre limité de nuances, m’oblige à être beaucoup plus instinctif. Dans “Robin Hood”, la couleur était utilisée surtout comme du remplissage en aplats. Plus tard, j’ai décidé de faire Lemon Jefferson et la grande aventure pour poursuivre ce que j’avais commencé avec Robin. Un récit sur l’héroïsme avec une utilisation de la couleur plus audacieuse, où je voulais tenter des effets de matières, dessiner des soleils couchants et les flammes d’un feu de camp. Et aujourd’hui, dans Le Bandit au colt d’or, le trait disparaît parfois pour laisser la place à la couleur seule. Je me retrouvais devant ma page blanche, sans crayonnés ou très peu, avec la volonté de faire de grandes scènes de western, des paysages grandioses comme on en voit dans les peintures de Remington ou dans les westerns d’Anthony Mann.
 La « folie » des couleurs, des scènes de tempêtes de neige au tipp-ex, m’aidaient aussi à affirmer le lyrisme et la dimension tragique que je voulais insuffler à cette histoire.
En parallèle de ma technique aux feutres, j’ai toujours travaillé en couleurs numériques. D’abord dans la perspective d’imprimer mes images en sérigraphie, d’où une utilisation de tons limités saturés et de leurs superpositions.
Aujourd’hui, je tente de plus en plus de mixer les deux pratiques, d’insérer les effets de matières des feutres et de retrouver cette spontanéité dans un traitement numérique.

3 – Dans ton travail il y a un héritage d’une forme très classique de récit.
En quoi cette manière de raconter te plaît ?

J’aime appréhender le récit de genre de manière à chaque fois un peu différente. Robin Hood était construit en chapitre très courts. Le personnage existait déjà, nul besoin de présentation, l’univers était déjà bien délimité, la forêt de Sherwood, Petit Jean, Marianne, le Shérif. Je n’avais plus qu’à m’amuser avec ces données. Et ce découpage était aussi une solution de facilité. Pour une première bande dessinée, je ne me sentais pas les épaules d’assumer un récit long et linéaire.
 “Lemon Jefferson” et “Heartbreak Valley” sont des récits plus longs dans lesquels je fais traverser aux héros un nombre important d’épreuves qui vont les malmener et les faire avancer. Des projets comme ceux là me demandent beaucoup plus d’écriture. Je sais en amont où l’histoire va aller, quels en seront les principaux rebondissements, dans quelles circonstances elles s’achèvera. Ce qui me laisse la liberté d’improviser en chemin, de rajouter ou d’enlever des choses, de me surprendre aussi. C’est la technique ancestrale de la surprise en dernière case de chaque page !
Les Aventuriers et surtout Le Bandit au colt d’or qui sont des récits illustrés, m’ont permis d’expérimenter une manière de raconter un peu différente de la bande dessinée classique, libérée du gaufrier et des bulles.
Actuellement, je travaille sur un projet de bande dessinée en strips, qui est une technique bien plus difficile que ce que je pensais. Je voudrais faire une histoire entre le feuilleton d’aventures et le strip d’humour ou introspectif, en évitant le gag à chute. Le temps de narration est très différent, l’histoire continue entre les strips, il faut jouer avec les ellipses.
En fait, je prends énormément de plaisir à imaginer des histoires. Je pars d’idées en vrac, « et si les cheveux d’un personnage blanchissaient d’un coup, sous les effets de la peur ? », « Et si à la fin d’une éclipse, le soleil ne revenait qu’à un seul endroit sur terre ? », des idées de noms de personnages, ce genre de choses, puis je réfléchis à la meilleure façon de la raconter. Quel format adopter, en couleurs ou non, sur combien de pages ? 
Pour l’instant, cette forme de récit classique correspond à mes envies, elle me permet de raconter mes histoires simplement, avec la plus grande honnêteté possible.

QUELQUES IMAGES EXTRAITES DE FILMS ET RÉINTERPRÉTÉES

3 PAGES EXTRAITES DE HEARTBREAK VALLEY

HEARTBREAK VALLEY de Simon Roussin
Éditions 2024 – 23 euros

LE BANDIT AU COLT D’OR de Simon Roussin
Magnani – 19 euros

simon-roussin.com

simonroussin.blogspot.fr

Yassine

3 QUESTiONS BUSiNESS À MiCHEL LAGARDE

Vendredi 30 novembre 2012

Dessin de Jean Jullien

Il y a 20 ans Michel Lagarde créait l’agence “Illustrissimo”. Depuis il a prospéré dans le petit monde des agents et en a même créé deux autres : “Agent 002″ en 2001 et “Lezilus” en 2005. Chaque agence correspondant à une époque différente, ainsi qu’à un marché différent. Mais il n’est pas qu’un agent chevronné, au delà de ce business il est aussi devenu une des figures incontournables du milieu de l’illustration de par son implication dans divers projets. Ce passionné a toujours développé toutes sortes d’activités. Au début de son parcours il a ouvert une galerie, trop tôt sans doute, les rentrées à l’époque étaient un peu trop maigres. Le marché du dessin n’était pas aussi développé. Il a stoppé cette activité pour se consacrer à celle d’agent qui était très prenante comme il le raconte plus bas.

Sinon, il a toujours publié des choses comme des catalogues, des revues, des petits livres. De nombreuses expériences, au compte-goutte qui ont été les prémices de son activité d’éditeur véritablement commencé depuis cinq ans. Bd, illustration graphisme il publie des choses très différentes avec toujours comme point commun le dessin. Depuis il a aussi ouvert une galerie, sa deuxième.

Dessin de Blexbolex

Pour célébrer ses 20 ans il sort un livre, d’image bien entendu, mais qui propose aussi un témoignage intéressant sur son parcours. Les images de ce post sont extraites de ce livre. En tant qu’illustrateur j’ai fait partie pendant six mois d’Illustrissimo avant de rejoindre “Lezilus” à sa création. Je tenais donc moi aussi à célébrer ses 20 ans de carrière.

Bon anniversaire et longue vie à Illustrissimo.

J’ai souhaité lui poser des questions en particulier sur son métier d’agent.

1 ))) Quel bilan dresse tu après 20 ans d’activité. Sur le plan financier, artistique et humain ?

Un bilan largement positif et sur les 3 points cités. Il me semble que les 3 entités ont atteint leur pleine maturité artistique, et la reconnaissance auprès des principales agences de communication. Mon équipe resserrée est constituée de 5 personnes en tout, et nous n’avons pas le temps de chômer avec plus de 80 illustrateurs représentés. Malgré la crise, nous avons réalisé nos deux meilleures années en 2011 et 2012. Notre politique étant de ne négliger aucun client, du plus petit au plus grand et de trouver des solutions adaptés aux besoins de chacun grâce à une expertise bien rodée. Nous alternons des commandes classique (presse d’entreprise, magazines) et de plus en plus des campagnes à visée internationale. La diversité des 3 entités permet de balayer un champ artistique assez large, tout en gardant une identité forte pour chacune des “marques”. La plus grande difficulté étant de ne pas se disperser et de rester à une taille humaine pour ne pas perdre en énergie ou qualité dans le recrutement. D’ un point de vue humain, j’essaie de garder un œil attentif au travail de chacune des personnes représentées, et d’entretenir un rapport personnel dans la mesure du possible. Nicolas Pitzalis et Sophie Federkeil avec qui je travaille depuis dix ans entretiennent avec leurs illustrateurs respectifs des liens assez étroits. Nous formons une petite famille soudée, et cela nous permet de passer les années bonnes ou mauvaises sans trop de soucis, et de fidéliser nos clients qui savent qu’ils seront bien traités.

Dessin de Delphine Durand

2 ))) Qu’est ce qui a changé le plus dans ce business depuis 20 ans ?

Internet a tout révolutionné, à mes débuts, je passais la plupart de mes journées dans l’Ouest parisien avec une batterie de books et je rentrais le soir épuisé pour envoyer des devis par fax, et préparer les books du lendemain. Beaucoup de temps perdu en prospection. 20 ans après je passe beaucoup plus de temps dans mon bureau à chercher la nouvelle perle rare, à travailler sur mon programme éditorial et de galeriste (6 livres par an, et 7/8 expo en moyenne à partir de 2013), et bien sûr à faire des devis, et chercher des dessins originaux pour enrichir le fonds de la galerie. Bref, je peux enfin m’amuser, et réaliser mes ambitions de départ.

3 ))) Quel conseil donnerait a quelqu’un qui veut devenir agent en 2012 ?

D’ inventer son métier, et surtout de trouver son positionnement en suivant ses coups de cœur et son intuition.
D’apporter sa personnalité et de fédérer un groupe de personnes cohérent autour de lui, ce qui fera la force de son équipe.
Une chose dont je suis persuadé, est qu’il ne sert à rien de suivre le sens du vent qui tourne très vite et qu’il vaut mieux essayer de l’insuffler soi même en restant le plus honnête possible avec son ressenti.

Dessin de Fred Benaglia

Michel Lagarde est aussi le commanditaire de ce blog “Lezinfo” qui est connecté à l’agence “Lezilus”. Je jouis d’ailleurs et c’est pour ça que je continue  d’une liberté totale ce qui est tout à son honneur. D’ailleurs  je ne suis pas le seul,  il a aidé à la création plusieurs blog / sites et il soutient beaucoup d’initiatives sur le net. Cet article pourra paraitre partisan, mais tout simplement je le connais et l’apprécie. Nous avons régulièrement depuis quelques années des discussions enrichissantes sur le dessin et l’illustration.

Pour vous faire une idée globale voici la nébuleuse Michel Lagarde sur le net :

illustrissimo.fr
llustrissimo.com/blog

lezilus.fr
blog.lezilus.fr

agent002.com
agent002blog.wordpress.com

michellagarde.fr

chaslaborde.com

gusbofa.com

magalerieaparis.wordpress.com

ILLUSTRISSIMO A 20 ANS
Michel Lagarde – 16 euros

Yassine

J’en profite pour remercier aussi Sophie et surtout Nicolas avec qui je travaille dans le cadre le lezilus depuis quelques années déjà.

3 QUESTIONS À VINCENT PIANINA

Mercredi 7 novembre 2012

Vincent Pianina a débuté en publiant ses BD dans le fanzine Arbitraire. Un Collectif qu’il a formé avec des amis étudiants de l’école Emile Cohl à Lyon et qui est toujours actif. C’est avec sa première BD ” 10 petits insectes ” qu’il a commencé à vraiment faire parler de lui. Son dessin tordu et simple, fantaisiste et plein d’énergie a marqué les esprits. Mais il est autant un auteur qu’un dessinateur et il prépare à l’heure actuelle de nombreux projets de livres et il s’apprête à sortir pas mal de choses dans les années à venir.

Il a publié début septembre son premier album jeunesse dans la collection tête de lard chez Thierry Magnier. Un livre simple, amusant ou il développe une certaine logique farfelu du dessin que j’aime beaucoup. J’ai voulu lui poser quelques questions sur la conception de ce livre insolite et très réussi.

1 ))) Comment as-tu procédé pour construire l’histoire de ce livre ? Es-tu parti de la tache ? As-tu d’abord cherché à savoir quelles images tu pouvais en tirer ?

Oui, j’ai d’abord fait la tache. Ensuite je l’ai copiée en plusieurs exemplaires et j’ai dessiné par dessus des choses différentes. Puis j’ai joué à les mettre dans un ordre pour raconter une histoire. Une fois que j’ai eu l’histoire, j’ai fait des dessins en plus.

2 ))) J’ai l’impression que ton approche graphique est très formaliste et en même temps très ludique. Tu crées un système dans lequel tu vas pouvoir t’amuser en créant des variations ?

Oui, ludique est bien le mot approprié ! Je déplore que la majorité des enfants s’arrêtent de dessiner très tôt. Ils sont rapidement influencés par l’idée toujours présente dans l’esprit général qu’un beau dessin est un dessin qui ressemble à la réalité. De ce fait, la majorité se sens nulle, et stoppe ce passe-temps peu gratifiant. C’est pourquoi je pense toujours mes personnages avec des formes simples. Pour qu’ils soient faciles à refaire. Je ne souhaite pas que les enfants mettent mes images à distance “c’est trop bien fait”, je cherche plus à les stimuler. Ce livre est avant tout un jeu : que peut-on voir dans une seule tache ?

3 ))) C’est ton premier livre “pour enfant” après deux BD “tout public”. Dans quel état d’esprit tu abordes ce genre de création ?

J’aborde ça dans un état d’esprit très libre. Je trouve que c’est moins pesant que la bande dessinée. Si on veut comparer, dans une bande dessinée il y a beaucoup de dessins différents par page, et il y a beaucoup de pages ! Ça fait rester très longtemps sur la même chose et ça fait dessiner tout petit. Faire un livre illustré me permet de rester un temps réduit dans un univers et de pouvoir faire des dessins plus gros. J’essaye alors de m’amuser formellement et de construire un récit simple et rigolo. Je continue à travailler sur des albums de bandes dessinées car j’aime beaucoup la narration visuelle et les dialogues. Mais comme c’est un processus très cadré où je dois garder un sytème sur un nombre conséquent de pages, je suis aussi en parallèle sur d’autres livres pour enfants, qui me laissent plus le champs libre.

La tache et les différents autres essais.

Les dessins autour de la tache

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Quelques autres images de sa production :

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EN PISTE TACHE ! de Vincent Pianina
Thierry Magnier – 6,60 euros

vincentpianina.blogspot.fr

Yassine

3 QUESTiONS À FP&CF

Jeudi 25 octobre 2012

J’inaugure une nouvelle rubrique, pas vraiment originale, mais qui va me permettre de faire des petits focus sur des gens qui m’intéresse tout particulièrement. À travers quelques questions je souhaite donner un aperçu de l’état d’esprit de certains acteurs à mon avis importants dans l’univers si vaste du dessin.

FP&CF

C’est une petite maison d’édition dirigée par Maxime Milanesi et Claire Schvartz. Ils publient de la photo, de la BD et du dessin. Au fil du temps leurs choix m’apparaissent comme parmi les plus intéressants de la sphère des éditeurs de fanzine. D’ailleurs ils ne se limitent pas au fanzinat mais considèrent tout naturellement que l’édition peut avoir de multiples formes. Ils ne s’imposent aucune limite, au contraire ils aiment varier les formes et les techniques d’impression même si leur technique de prédilection reste la risographie. Au final ils défendent une vision exigeante, curieuse et avant tout au service des artistes qu’ils publient.

Ils ont beaucoup de flair et publient souvent les fanzines que j’attendais. Comme ceux de “Faye Coral Johnson? ou de “Mike Redmond? et ce avant même que tout le monde en parle. Un autre bon exemple quand ils compilent  l’esprit si particulier de Paul Loubet dans le zine “Déjà un classique? qui porte si bien son nom. Paul Cabon, excellent dessinateur méconnu a fait l’objet d’un beau fanzine il y a déjà quelques années dans leurs collection “Buvard?. La bd “History of the flute? de Sammy Stein ou les deux zines de Stéphane Prigent le vétéran du fanzinat sont aussi de beaux objets, fait avec simplicité et rigueur .

Fanzine de Paul Loubet

QUESTiONS :

1 ))) Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce projet d’édition ?

Nous avons toujours eu de l’intérêt pour l’édition, qu’il s’agisse de livres ou de magazines, mais l’idée de créer notre propre structure est venue assez tardivement. Lorsque nous étions lycéens à Rennes, nous suivions de près L’œil Électrique, magazine édité par une association et basé sur un principe de libre participation, les lecteurs étant aussi acteurs et co-créateurs de chaque numéro en envoyant leur propres textes, illustrations ou reportages. Cette idée de création commune et ouverte nous plaisait beaucoup, malheureusement, au moment où nous comptions vraiment nous investir dans l’association, L’Œil Électrique publiait sa une noire annonçant sa fin…

Quelques membres de l’association ont ensuite monté les Éditions Électriques, en publiant de très beaux livres comme l’excellent « Pékin 1966 » de Solange Brand. Un passage du magazine à l’édition d’art auquel nous étions sensibles.

En nous installant à Paris il y a presque dix ans, nous avons retrouvé cet esprit « désintéressé » dans le milieu du fanzine de dessin, en fréquentant notamment le collectif Modèle Puissance, Sammy Stein, le Monte-en-L’Air ou En Marge qui à l’époque tenait boutique à deux pas de chez nous. Nous avons découvert une véritable « scène française » avec des incontournables comme Kaugummi, Stéphane Prigent et Frédéric Magazine. Bien sur il y avait aussi Nieves, mais le prix exorbitant de ces fanzines photocopiés nous interdisait de vraiment nous y intéresser.

Plus qu’une influence, ces rencontres nous ont plutôt permis de penser notre propre manière d’envisager l’édition.

En plus, à cette époque nous étions davantage portés sur l’édition photo, et hormis le premier fanzine de “Je Suis Une Bande de Jeunes“, découvert par hasard dans une boutique du 11ème, peu de projets intéressants existaient. Du coup, voyant toutes ces choses se faire et ayant toujours eu l’envie de monter notre propre structure, nous avons décidé de lancer un fanzine de photographie en reprenant cette idée d’ouverture qui était inhérente au magazine l’Oeil Électrique.

En 2009, nous avons ouvert une galerie flickr, fais tourner un flyer et quelques mails et en septembre, au salon “Fais-le-toi-même” de Lille, nous présentions le premier numéro de “Tell mum everything is ok”.

Au fil des années et après avoir acquis une machine risograph, nous avons ouvert nos productions au dessin.

Fanzine de Kerozen aka Stéphane Prigent

2 ))) Vous publiez des fanzines, ce qui est un choix évident pour vous. Cette forme éditoriale a beaucoup évolué ces 10 dernières années. Quel regard vous portez sur la production actuelle au regard du passé et de quelle manière vous appréhendez cette pratique à titre personnel ?

C’est vrai que les choses ont changé depuis que nous avons créé FP&CF depuis 4 ans . Il y a à la fois davantage de productions mais paradoxalement moins d’intérêt pour le fanzine. Plus de productions car beaucoup d’artistes, d’étudiants, de photographes publient eux-mêmes leurs ouvrages, ce qui a bien entendu toujours existé, mais s’est largement répandu depuis 2010 ; et moins d’intérêt car l’offre pléthorique actuelle a banalisé cette forme éditoriale « alternative ». Bien sur, nous sommes nous-mêmes « nouveaux » dans ce milieu, et nous n’avons pas la prétention de porter un jugement sur l’évolution du fanzinat et de l’auto-édition en France, mais simplement en temps qu’acteurs de cette « scène », nous sommes aussi des observateurs curieux (et critiques).

Une production qui s’est donc récemment intensifiée mais qui ne rencontre pas (ou plus) la même estime qu’auparavant. On le voit par exemple avec l’émergence de toutes ces revues collectives qui tirent plus sur l’esthétique magazine (papier couché, impression offset, marquage, dorure, etc) que sur l’idée d’un fanzine photocopié et relié à la main. Il y a eu un glissement ces derniers temps et de manière générale les productions ont gagné en qualité de fabrication. Concrètement, il semble aujourd’hui plus évident de publier un livre qu’un fanzine. Une transition récente qui s’illustre notamment par le fait que certains éditeurs ont abandonné la conception de fanzines pour se consacrer à des livres plus ambitieux et plus chers à fabriquer, l’évolution de feu Kaugummi en est une bonne illustration.

Il y a bien sur et il y aura (sans doute) toujours des gens qui publieront des « fanzines », et nous ne prétendons pas que cette forme soit désuet ou dépassée, nous observons simplement que la croyance en terme d’édition a évolué pour tendre vers des formes plus conventionnelles. On parle aujourd’hui davantage « d’auto-édition » que d’un mouvement lié au fanzine.

En ce qui nous concerne, publier des fanzines revient surtout à travailler en commun avec un artiste. Plus qu’un « fanzine » c’est véritablement un petit livre que nous essayons d’éditer, avec le peu de budget et de moyens dont nous disposons. La rigueur est la même pour chaque projet, qu’il s’agisse d’un livre de photographie en offset ou d’un livret A5 au riso, on essaie et on adapte les techniques d’impression, de reliure et on recherche la meilleure référence de papier.
Éditer un zine, c’est aussi permettre à un artiste de voir son travail sous la forme d’une édition, ce qui assure la diffusion de son travail hors d’internet et des sites spécialisés.

C’est aussi pour ça que l’on ne publie pas beaucoup de zines chaque année, on préfère prendre notre temps et consacrer les budgets nécessaires pour chaque projet, à la différence peut être d’autres éditeurs qui se contentent de compiler les travaux d’artistes en leur offrant 8 feuilles A4 photocopiées et reliés en piqûre à cheval.

En somme, faire un zine c’est d’abord rencontrer et travailler avec un artiste. Mais c’est aussi publier un travail sous la forme d’une édition réalisée à la main et à un prix abordable.


Fanzine de Faye Coral Johnson

3 ))) Vous avez publier un zine consacré à Faye Coral Johnson et tout récemment un consacré à Mike Redmond. Ces deux dessinateurs semblent tout les deux issus d’une nouvelle scène graphique anglaise à laquelle vous semblez porter de l’intérêt. Pouvez vous nous en dire plus ?

Nous avons découvert le travail de Faye sur Flickr et avons aussitôt accroché avec son style si particulier. L’idée de travailler sur un fanzine était alors évidente tant son dessin se prête justement à une impression sur papier. L’histoire se répète ensuite avec Mike lorsque nous découvrons sa série “Moving towards going away ‘blueshift – redshift” qu’il a présenté pour son diplôme au Royal College de Londres. C’est davantage une sensibilité personnelle pour le travail de ces deux artistes qui nous a poussé à les contacter que l’intérêt pour une « école » ou une scène spécifique. Faye et Mike partagent un style graphique proche qui nous plait.

Nous aimons publier les fanzines que les autres ne publient pas. En général, nous ne travaillons pas avec les artistes qui ont été publiés par d’autres structures proches de la notre, et nous aimons également entretenir l’idée d’une certaine fidélité dans le travail. Si un dessinateur fait un zine avec nous, nous essaierons toujours de travailler sur un autre projet avec lui dans le futur. Il ne s’agit pas de main mise mais plutôt d’une envie de construire une relation artistique dans la durée.

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Fanzine de Mike Redmond

Retrouvez (et achetez) les production de FP&CF sur leur site.

editionsfpcf.com

Yassine