MARCEL STORR ( 1911-1976)

Du 16 décembre au 31 mars

Beaucoup de blog ont déjà évoqué cette exposition événement. J’enfonce le clou et je conseille à mon tour la visite de cette rétrospective qui regroupe l’intégralité des dessins connus de Marcel Storr, artiste français d’Art brut jusqu’alors méconnu. Son travail fut montré à peine dans quelques expositions collectives d’Art Brut.

Les grandes œuvres d’Art brut ont souvent une histoire incroyable. C’est le cas ici. Ainsi le jour où Liliane Kempf est invitée par sa concierge à jeter un œil sur les dessins de son mari, elle ne s’attend pas à tomber sur des dessins aussi magistraux. Elle éprouvera un choc à la vision du travail de Marcel Storr. Elle découvre un univers riche, complexe, captivant. Si tout ceci est resté dans ses tiroirs c’est que son art semble avant tout un jardin secret qui lui permet de s’évader de la réalité. Il a vécu une existence peuheureuse : orphelin placé à l’assistance publique puis ayant fréquenté des familles difficiles. Il est illettré, à moitié sourd. Bref une vie difficile auquel il a besoin d’échapper.

Les travaux de Marcel Storr sont des constructions délirantes, architectures folles comme si Gaudi avait construit des mégalopoles. On lui connait deux influences. Premièrement le magazine l’illustration. Ce périodique était pour lui une fenêtre sur le monde il y puisera certainement des références architecturales de pays lointains qu’il ré-interprète à sa manière. Sa deuxième influence est plus étonnante. Il est Cantonnier de profession. L’endroit où il nettoie les rues est placé en face de La Défense. Il verra s’élever une à une toutes les tours de ce quartier. Un paysage dont il suivra l’évolution au jour le jour pendant des années.

L’exposition, à l’image de sa “Carrière est un crescendo. On commence par ces premières architectures, des églises délirantes et on va jusqu’à d’immense mégalopoles très science-fiction. Au fur et à mesure ses environnements deviennent de plus en plus fous, de plus en plus fournis. Marcel Storr débute comme bâtisseur et fini comme un démiurge visionnaire. La dernière pièce de la rétrospective est un feu d’artifice de paysages improbables aux couleurs exubérantes et magnifiques. Tel un enfant il semblait s’imaginer vivre dans ses mégalopole qu’il concevait. Dans ses fantasme il imagine que paris est rasé et qu’on va rebâtir la capitale en utilisant ses dessins comme modèle.

Il est impératif, même si c’est souvent vrai , de voir les œuvres originales. Encore plus dans le cas précis tant les couleurs réels de ses dessins sont stupéfiantes. Sa technique, très picturale est elle aussi tout à fait inattendue. Son travail s’apprécie dans les détails. De près on peut apprécier une véritable dentelle graphique. Le crayon appuyé fortement laisse un léger relief sur le papier. Cette texture apporte une dimension unique à l’image. Seul la vision réelle vous apportera l’émotion forte que procure ces œuvres.

Les éditions Phébus publie pour l’occasion un livre qui reprend tout ses dessins. Des textes simples, synthétique apportent témoignages et visions intéressante sur son œuvre et sa vie.

Marcel Storr
Phébus - 24 euros

Ce livre est disponible au Monte en l’air, qui est juste à coté du lieu de l’exposition. Mais aussi, bien entendu, dans toutes les bonnes librairies.

Jusqu’au 31 Mars
Pavillon Carré de Baudouin
121 rue de Ménilmontant - Paris 20
M° Jourdain

Entrée libre
Plus d’info ici

Yassine

2 réponses à “MARCEL STORR ( 1911-1976)”

  1. Illustrissimo Says:

    Une découverte majeure de l’art brut, qui me fait penser aux composition délirantes d’Adolf Wolfli.Merci pour ce rappel, j’y cours, j’y vole, j’y monte en l’air.

  2. Armide+Pistol Says:

    Je reviens de l’exposition au Carre Hardouin, toute a fait bouleversée par cette volonté de transcender sa condition. Une superbe découverte que cette oeuvre. Les couleurs laissent parfois apparaitre ses edififications sous une texture d’étoffe.
    Une grande souffrance partagee et beaucoup d’émotion.

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