CHAS LABORDE (1886-1941)

du 20 mai au 17 juillet

Un ouvrage entièrement consacré à cet excellent dessinateur de l’entre-deux guerres sort aux éditions Michel Lagarde. L’exhumation de trésors graphiques connus essentiellement d’un public très averti. Ce dessinateur pris part de très près à une mode de l’édition de luxe dans les années 20. Des textes littéraires illustrés, vendus en tirages limités à des bibliophiles. Puis des portfolios à tirages encore plus réduits. Des objets chics pour les connaisseurs de l’époque, qui se vendent maintenant assez cher dans des cercles de spécialistes.

Une des grandes caractéristiques de son travail, mis en avant dans ce livre est son regard sur les villes. Il se rendait à la demande de journaux ou d’éditeurs dans de grandes villes : Moscou, Madrid, New York, Londres. Résidant à chaque fois plusieurs semaines voir plusieurs mois, il arpentait les rues, fréquentant toutes sortes de lieux dans des quartiers aussi bien chic que populaires. En immersion totale dans la foule il se faisait l’observateur invisible de la société.

Son art est un témoignage en image. Des images d’une grande finesse. Les détails des visages des habits, des postures en disent long sur l’esprit de l’époque. Entre reportage et illustration, il saisit l’air du temps en y apportant un commentaire subtil distancié. C’est d’ailleurs intéressant de voir qu’on édite un livre sur son travail quand on voit actuellement l’intérêt porté aux reportages en image et surtout en bd tel que ceux de Joe Sacco. L’approche n’est pas la même mais ce livre se fait aussi l’écho de ces pratiques contemporaines.

Chas Laborde prétend qu’il est dessine vite parce qu’il est paresseux. Sans doute est-ce pour ça que son trait est si vif, on sent le geste de la main qui donne vie aux figures qui peuplent ses images. Doté d’une grande acuité visuelle, il saisit au cours de ses longues promenades les attitudes des citadins. C’est seulement après dans son atelier qu’il crée ses images complexes. Ses compositions sont avant tous basées sur un assemblage de différents dessins d’observation. Ainsi il ne perd rien de la vitalité des croquis et garde la précision de la réalité. Son dessin libre, loin de tout réalisme ennuyeux, stylise avec élégance, déforme les visages et les corps pour les rendre plus expressif. Il caricature mais à peine. C’est sa façon, subtile, d’exprimer son point de vue sur cette société qu’il juge avec dureté. Il faut préciser qu’au travers de ses pérégrinations, il s’est retrouvé dans le tumulte de certains événements historiques, le début de la guerre civile à Madrid ou la montée du nazisme à Berlin.

Emmanuel Pollaud-Dullian l’auteur de cet ouvrage est un spécialiste de l’illustration de cette époque et notamment de Gus Bofa. Il livre ici une introduction formidable à l’univers de Chas Laborde. Le livre est riche et présente de jolie façon le travail de cet illustrateur. Trop exhaustif il aurait sans doute été trop imposant et trop cher. Ainsi on garde une part de mystère qui donne envie d’en découvrir plus.

A l’occasion de la sortie de ce livre, une exposition est organisée où on pourra découvrir quelques originaux et des tirages d’époques des portfolios “Rues et visages de …”

Vernissage Jeudi 20 Mai à 18h30

L’atelier André Girard
7 rue campagne première - Paris 14
M°Raspail

CHAS LABORDE - UN HOMME DANS LA FOULE d’Emmanuel Pollaud Dullian
Michel Lagarde - 19 euros

www.chaslaborde.com

Merci à Michel & Géraldine

Yassine

Une réponse à “CHAS LABORDE (1886-1941)”

  1. suprlipopette Says:

    Merci pour cette découverte ! ça rappelle un peu les “cahiers dessinés” ?

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