CALVO (1892-1958) PAR ROMAIN DUTREIX

Extrait de “Rosalie”
Quand Yassine m’a invité à intervenir sur son blog je me suis demandé de quoi je pourrais parler. Connaissant mon côté passéiste, Yassine m’a suggéré le nom de Calvo. Effectivement, Calvo a été un des premiers dessinateurs que j’ai vraiment admirés, et ça tombe bien, c’est du patrimoine. A-t-il influencé mon travail directement ? Je ne saurais le dire, pas directement je pense, mais il a quand même eu pour moi une importance considérable et certains traits de son travail entrent en résonance avec certaines de mes « obsessions » (pour parler comme un artiste).

Extrait de “Patamousse”
Aujourd’hui on a un peu oublié Calvo, qui a été pourtant un des dessinateurs les plus connus et les plus prolixes de la fin des années 40 et du début des années 50. On en retient surtout qu’il a été le maître – de façon informelle – d’Uderzo (dont je n’aime d’ailleurs pas du tout le travail, pour moi c’est du Greg en plus chic). Alors que ce qui le caractérise et le distingue de ses collègues, à mon sens, c’est sa vision quasiment animiste d’un univers dont les humains sont d’ailleurs presque absents.

En effet, Calvo n’est pas très bon pour dessiner les humains, il préfère les animaux, mais ces derniers ne sont pas les seuls personnages de ses histoires, car chez lui – et c’est pour ça que j’employais le mot animiste – chaque objet semble animé d’une vie propre (parfois ils le sont vraiment comme dans Rosalie). Il y a dans son traitement des décors (architectures ou éléments naturels) et du moindre objet une déformation, un dynamisme, et aussi une débauche de détails tendant à doter ledit objet ou décor d’un certain « vécu » : tout chez lui est bancal, rafistolé, chaque tissu est rapiécé, chaque meuble est fendu, chaque assiette est ébréchée, etc.

Page extraite de “La bête est morte”
C’est ça que j’ai particulièrement aimé chez lui, c’est ce côté rafistolé et organique qu’ont absolument tous les éléments du dessin : les personnages (car c’est un très grand dessinateur animalier, on le surnommait d’ailleurs le Disney français; Disney qui a soit dit en passant tenté de le recruter pour ses studios, ce qu’il avait l’habitude de faire dès qu’il remarquait quelqu’un d’un peu talentueux, en général pour le transformer en tâcheron anonyme, proposition refusée par Calvo), les accessoires, le décor, etc. Aucun élément n’est « neutre » ou « générique », chacun a une histoire (dont il porte les stigmates). Pour moi, en cela, il serait plutôt le précurseur de Carlos Nine que d’Uderzo. Tout ça débouche sur une certaine horror vacuii, une horreur du vide, qui le pousse à charger ses dessins de détails indiquant l’usure et la décrépitude. Et là j’avoue que c’est un peu l’œuf et la poule : je ne sais pas si c’est Calvo qui a fait naître le même travers chez moi ou si c’est ce travers qui m’a poussé à apprécier Calvo, mais en tout cas c’est bien un de mes travers, ça c’est sûr.
Romain Dutreix
Merci très cher Romain pour cette analyse savante.
Pour plus d’info Biographiques sur Calvo cest par ici.
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