3 QUESTiONS À FP&CF

J’inaugure une nouvelle rubrique, pas vraiment originale, mais qui va me permettre de faire des petits focus sur des gens qui m’intéresse tout particulièrement. À travers quelques questions je souhaite donner un aperçu de l’état d’esprit de certains acteurs à mon avis importants dans l’univers si vaste du dessin.

FP&CF

C’est une petite maison d’édition dirigée par Maxime Milanesi et Claire Schvartz. Ils publient de la photo, de la BD et du dessin. Au fil du temps leurs choix m’apparaissent comme parmi les plus intéressants de la sphère des éditeurs de fanzine. D’ailleurs ils ne se limitent pas au fanzinat mais considèrent tout naturellement que l’édition peut avoir de multiples formes. Ils ne s’imposent aucune limite, au contraire ils aiment varier les formes et les techniques d’impression même si leur technique de prédilection reste la risographie. Au final ils défendent une vision exigeante, curieuse et avant tout au service des artistes qu’ils publient.

Ils ont beaucoup de flair et publient souvent les fanzines que j’attendais. Comme ceux de “Faye Coral Johnson? ou de “Mike Redmond? et ce avant même que tout le monde en parle. Un autre bon exemple quand ils compilent  l’esprit si particulier de Paul Loubet dans le zine “Déjà un classique? qui porte si bien son nom. Paul Cabon, excellent dessinateur méconnu a fait l’objet d’un beau fanzine il y a déjà quelques années dans leurs collection “Buvard?. La bd “History of the flute? de Sammy Stein ou les deux zines de Stéphane Prigent le vétéran du fanzinat sont aussi de beaux objets, fait avec simplicité et rigueur .

Fanzine de Paul Loubet

QUESTiONS :

1 ))) Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce projet d’édition ?

Nous avons toujours eu de l’intérêt pour l’édition, qu’il s’agisse de livres ou de magazines, mais l’idée de créer notre propre structure est venue assez tardivement. Lorsque nous étions lycéens à Rennes, nous suivions de près L’œil Électrique, magazine édité par une association et basé sur un principe de libre participation, les lecteurs étant aussi acteurs et co-créateurs de chaque numéro en envoyant leur propres textes, illustrations ou reportages. Cette idée de création commune et ouverte nous plaisait beaucoup, malheureusement, au moment où nous comptions vraiment nous investir dans l’association, L’Œil Électrique publiait sa une noire annonçant sa fin…

Quelques membres de l’association ont ensuite monté les Éditions Électriques, en publiant de très beaux livres comme l’excellent « Pékin 1966 » de Solange Brand. Un passage du magazine à l’édition d’art auquel nous étions sensibles.

En nous installant à Paris il y a presque dix ans, nous avons retrouvé cet esprit « désintéressé » dans le milieu du fanzine de dessin, en fréquentant notamment le collectif Modèle Puissance, Sammy Stein, le Monte-en-L’Air ou En Marge qui à l’époque tenait boutique à deux pas de chez nous. Nous avons découvert une véritable « scène française » avec des incontournables comme Kaugummi, Stéphane Prigent et Frédéric Magazine. Bien sur il y avait aussi Nieves, mais le prix exorbitant de ces fanzines photocopiés nous interdisait de vraiment nous y intéresser.

Plus qu’une influence, ces rencontres nous ont plutôt permis de penser notre propre manière d’envisager l’édition.

En plus, à cette époque nous étions davantage portés sur l’édition photo, et hormis le premier fanzine de “Je Suis Une Bande de Jeunes“, découvert par hasard dans une boutique du 11ème, peu de projets intéressants existaient. Du coup, voyant toutes ces choses se faire et ayant toujours eu l’envie de monter notre propre structure, nous avons décidé de lancer un fanzine de photographie en reprenant cette idée d’ouverture qui était inhérente au magazine l’Oeil Électrique.

En 2009, nous avons ouvert une galerie flickr, fais tourner un flyer et quelques mails et en septembre, au salon “Fais-le-toi-même” de Lille, nous présentions le premier numéro de “Tell mum everything is ok”.

Au fil des années et après avoir acquis une machine risograph, nous avons ouvert nos productions au dessin.

Fanzine de Kerozen aka Stéphane Prigent

2 ))) Vous publiez des fanzines, ce qui est un choix évident pour vous. Cette forme éditoriale a beaucoup évolué ces 10 dernières années. Quel regard vous portez sur la production actuelle au regard du passé et de quelle manière vous appréhendez cette pratique à titre personnel ?

C’est vrai que les choses ont changé depuis que nous avons créé FP&CF depuis 4 ans . Il y a à la fois davantage de productions mais paradoxalement moins d’intérêt pour le fanzine. Plus de productions car beaucoup d’artistes, d’étudiants, de photographes publient eux-mêmes leurs ouvrages, ce qui a bien entendu toujours existé, mais s’est largement répandu depuis 2010 ; et moins d’intérêt car l’offre pléthorique actuelle a banalisé cette forme éditoriale « alternative ». Bien sur, nous sommes nous-mêmes « nouveaux » dans ce milieu, et nous n’avons pas la prétention de porter un jugement sur l’évolution du fanzinat et de l’auto-édition en France, mais simplement en temps qu’acteurs de cette « scène », nous sommes aussi des observateurs curieux (et critiques).

Une production qui s’est donc récemment intensifiée mais qui ne rencontre pas (ou plus) la même estime qu’auparavant. On le voit par exemple avec l’émergence de toutes ces revues collectives qui tirent plus sur l’esthétique magazine (papier couché, impression offset, marquage, dorure, etc) que sur l’idée d’un fanzine photocopié et relié à la main. Il y a eu un glissement ces derniers temps et de manière générale les productions ont gagné en qualité de fabrication. Concrètement, il semble aujourd’hui plus évident de publier un livre qu’un fanzine. Une transition récente qui s’illustre notamment par le fait que certains éditeurs ont abandonné la conception de fanzines pour se consacrer à des livres plus ambitieux et plus chers à fabriquer, l’évolution de feu Kaugummi en est une bonne illustration.

Il y a bien sur et il y aura (sans doute) toujours des gens qui publieront des « fanzines », et nous ne prétendons pas que cette forme soit désuet ou dépassée, nous observons simplement que la croyance en terme d’édition a évolué pour tendre vers des formes plus conventionnelles. On parle aujourd’hui davantage « d’auto-édition » que d’un mouvement lié au fanzine.

En ce qui nous concerne, publier des fanzines revient surtout à travailler en commun avec un artiste. Plus qu’un « fanzine » c’est véritablement un petit livre que nous essayons d’éditer, avec le peu de budget et de moyens dont nous disposons. La rigueur est la même pour chaque projet, qu’il s’agisse d’un livre de photographie en offset ou d’un livret A5 au riso, on essaie et on adapte les techniques d’impression, de reliure et on recherche la meilleure référence de papier.
Éditer un zine, c’est aussi permettre à un artiste de voir son travail sous la forme d’une édition, ce qui assure la diffusion de son travail hors d’internet et des sites spécialisés.

C’est aussi pour ça que l’on ne publie pas beaucoup de zines chaque année, on préfère prendre notre temps et consacrer les budgets nécessaires pour chaque projet, à la différence peut être d’autres éditeurs qui se contentent de compiler les travaux d’artistes en leur offrant 8 feuilles A4 photocopiées et reliés en piqûre à cheval.

En somme, faire un zine c’est d’abord rencontrer et travailler avec un artiste. Mais c’est aussi publier un travail sous la forme d’une édition réalisée à la main et à un prix abordable.


Fanzine de Faye Coral Johnson

3 ))) Vous avez publier un zine consacré à Faye Coral Johnson et tout récemment un consacré à Mike Redmond. Ces deux dessinateurs semblent tout les deux issus d’une nouvelle scène graphique anglaise à laquelle vous semblez porter de l’intérêt. Pouvez vous nous en dire plus ?

Nous avons découvert le travail de Faye sur Flickr et avons aussitôt accroché avec son style si particulier. L’idée de travailler sur un fanzine était alors évidente tant son dessin se prête justement à une impression sur papier. L’histoire se répète ensuite avec Mike lorsque nous découvrons sa série “Moving towards going away ‘blueshift – redshift” qu’il a présenté pour son diplôme au Royal College de Londres. C’est davantage une sensibilité personnelle pour le travail de ces deux artistes qui nous a poussé à les contacter que l’intérêt pour une « école » ou une scène spécifique. Faye et Mike partagent un style graphique proche qui nous plait.

Nous aimons publier les fanzines que les autres ne publient pas. En général, nous ne travaillons pas avec les artistes qui ont été publiés par d’autres structures proches de la notre, et nous aimons également entretenir l’idée d’une certaine fidélité dans le travail. Si un dessinateur fait un zine avec nous, nous essaierons toujours de travailler sur un autre projet avec lui dans le futur. Il ne s’agit pas de main mise mais plutôt d’une envie de construire une relation artistique dans la durée.

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Fanzine de Mike Redmond

Retrouvez (et achetez) les production de FP&CF sur leur site.

editionsfpcf.com

Yassine

Une réponse à “3 QUESTiONS À FP&CF”

  1. FANZINES - SÉLECTION 5/7 - FP&CF Says:

    [...] Est une petite maison d’édition Parisienne dédié au dessin et à la photo. Connu pour leur revue participative de photo Tell mum everything is ok et leur zines de dessin, bien souvent cité sur ce blog. Un de mes éditeurs préférés depuis un moment déjà. Mais pour plus d’info je vous renvoie à cette mini interview que j’ai fait avec eux : ici. [...]