Archive pour juillet 2013

3 QUESTIONS À SIMON ROUSSIN

Dimanche 21 juillet 2013

Ce jeune dessinateur a sorti il y a quelques mois 2 livre en librairies. Une bd en noir et blanc “Heartbreak valley ” un très bon récit bizarre et ténébreux et Le Bandit au colt d’or un livre illustré, une légende de l’ouest. Un western en somme, genre que j’affectionne tout particulièrement. Ce livre très réussi m’a donc emporté, et m’a donne envie d’aller poser quelques questions à son auteur dont je suis le travail depuis un certain temps avec intérêt.

1 – Tout tes albums propose une relecture d’un genre.
Quelle rapport tu entretient avec le “genre” ?

Il est toujours facile de dire que tout remonte à l’enfance, mais j’imagine que ce que l’on découvre très jeune nous construit durablement. La bande dessinée m’est apparue avec Tintin et des vieux journaux Spirou. Moby Dick, Ivanhoé, étaient les genres de films que mes parents me faisaient voir, je grandissais avec Steve McQueen, Belmondo, Paul Newman ou Clint Eastwood.
Et encore aujourd’hui, même si mes intérêts se sont élargis, si j’aime et suis la bande dessinée et le cinéma contemporain, je prends toujours autant de plaisir à relire un vieux “Gil Jourdan” ou à revoir “L’homme de Rio”. Il y a dans le « genre » une évasion totale, une immersion complète dans un récit qui peut nous transporter bien au delà de notre réalité, du quotidien. Et finalement, nous permettre d’y projeter des questionnements intimes, personnels.
Le récit de genre est pour moi la meilleure façon de dissimuler modestement des problématiques plus « profondes » sous une jubilation première d’inventer des histoires, de créer des personnages, de les faire vivre et mourir.

2 -  Est-ce que tu peux expliquer d’où viens l’idée d’utiliser cette technique au feutre ? Peux tu aussi me parler de cette utilisation très “fauve” des couleurs ?

La première fois que j’ai utilisé des feutres, c’était pour “Robin Hood”, un projet que j’avais mené pendant mes études aux Arts Décoratifs de Strasbourg. C’était ma toute première bande dessinée et à l’époque je me cherchais beaucoup graphiquement. Mon dessin au trait ne me plaisait pas et j’étais très mauvais avec les mises en couleurs directes ou numériques. Finalement, il y avait quelque chose de décomplexant à choisir le feutre et surtout, j’y voyais une bonne manière d’illustrer mon propos, ma volonté de revisiter un personnage de mon enfance et de faire un récit sur la notion même de héros, d’une manière naïve et dans un faux premier degré hérité des vieux comics.
Je peux passer des heures à choisir une couleur dans un nuancier photoshop alors qu’un boîte de feutres, avec son nombre limité de nuances, m’oblige à être beaucoup plus instinctif. Dans “Robin Hood”, la couleur était utilisée surtout comme du remplissage en aplats. Plus tard, j’ai décidé de faire Lemon Jefferson et la grande aventure pour poursuivre ce que j’avais commencé avec Robin. Un récit sur l’héroïsme avec une utilisation de la couleur plus audacieuse, où je voulais tenter des effets de matières, dessiner des soleils couchants et les flammes d’un feu de camp. Et aujourd’hui, dans Le Bandit au colt d’or, le trait disparaît parfois pour laisser la place à la couleur seule. Je me retrouvais devant ma page blanche, sans crayonnés ou très peu, avec la volonté de faire de grandes scènes de western, des paysages grandioses comme on en voit dans les peintures de Remington ou dans les westerns d’Anthony Mann.
 La « folie » des couleurs, des scènes de tempêtes de neige au tipp-ex, m’aidaient aussi à affirmer le lyrisme et la dimension tragique que je voulais insuffler à cette histoire.
En parallèle de ma technique aux feutres, j’ai toujours travaillé en couleurs numériques. D’abord dans la perspective d’imprimer mes images en sérigraphie, d’où une utilisation de tons limités saturés et de leurs superpositions.
Aujourd’hui, je tente de plus en plus de mixer les deux pratiques, d’insérer les effets de matières des feutres et de retrouver cette spontanéité dans un traitement numérique.

3 – Dans ton travail il y a un héritage d’une forme très classique de récit.
En quoi cette manière de raconter te plaît ?

J’aime appréhender le récit de genre de manière à chaque fois un peu différente. Robin Hood était construit en chapitre très courts. Le personnage existait déjà, nul besoin de présentation, l’univers était déjà bien délimité, la forêt de Sherwood, Petit Jean, Marianne, le Shérif. Je n’avais plus qu’à m’amuser avec ces données. Et ce découpage était aussi une solution de facilité. Pour une première bande dessinée, je ne me sentais pas les épaules d’assumer un récit long et linéaire.
 “Lemon Jefferson” et “Heartbreak Valley” sont des récits plus longs dans lesquels je fais traverser aux héros un nombre important d’épreuves qui vont les malmener et les faire avancer. Des projets comme ceux là me demandent beaucoup plus d’écriture. Je sais en amont où l’histoire va aller, quels en seront les principaux rebondissements, dans quelles circonstances elles s’achèvera. Ce qui me laisse la liberté d’improviser en chemin, de rajouter ou d’enlever des choses, de me surprendre aussi. C’est la technique ancestrale de la surprise en dernière case de chaque page !
Les Aventuriers et surtout Le Bandit au colt d’or qui sont des récits illustrés, m’ont permis d’expérimenter une manière de raconter un peu différente de la bande dessinée classique, libérée du gaufrier et des bulles.
Actuellement, je travaille sur un projet de bande dessinée en strips, qui est une technique bien plus difficile que ce que je pensais. Je voudrais faire une histoire entre le feuilleton d’aventures et le strip d’humour ou introspectif, en évitant le gag à chute. Le temps de narration est très différent, l’histoire continue entre les strips, il faut jouer avec les ellipses.
En fait, je prends énormément de plaisir à imaginer des histoires. Je pars d’idées en vrac, « et si les cheveux d’un personnage blanchissaient d’un coup, sous les effets de la peur ? », « Et si à la fin d’une éclipse, le soleil ne revenait qu’à un seul endroit sur terre ? », des idées de noms de personnages, ce genre de choses, puis je réfléchis à la meilleure façon de la raconter. Quel format adopter, en couleurs ou non, sur combien de pages ? 
Pour l’instant, cette forme de récit classique correspond à mes envies, elle me permet de raconter mes histoires simplement, avec la plus grande honnêteté possible.

QUELQUES IMAGES EXTRAITES DE FILMS ET RÉINTERPRÉTÉES

3 PAGES EXTRAITES DE HEARTBREAK VALLEY

HEARTBREAK VALLEY de Simon Roussin
Éditions 2024 – 23 euros

LE BANDIT AU COLT D’OR de Simon Roussin
Magnani – 19 euros

simon-roussin.com

simonroussin.blogspot.fr

Yassine

BD – 038 – JOAN CORNELLA

Vendredi 12 juillet 2013

Bang ediciones vient de publier un recueil de gags de cet excellent dessinateur espagnol. Très bonne surprise le premier tirage est presque épuisé. Il va être retiré et c’est tant mieux car ce livre semble promis à une belle carrière internationale. Comme tout est muet dedans, il peut voyager sans encombre. Ascension donc rapide et mérité pour ce dessinateur qu’on imagine nourri de ce qui se fait de mieux en BD d’humour actuelle. On pense a Johnny Ryan, Kaz, Pierre la police mais aussi Cow boy henk. Une belle brochette d’influences qui me paraissent maintenant bien digérées. Son sens du timing et son humour malsain en effet n’appartienne qu’a lui. Ce petit ouvrage à peine sorti est déjà un classique.

MOX NOX de Joan Cornella
Bang ediciones – 12 euros

bangediciones.com

elblogdejoancornella.blogspot.fr

Yassine